Le Bénin alourdit la fiscalité et la réglementation autour de l’export de cajou brute.

Le Bénin alourdit la fiscalité et la réglementation autour de l’export de cajou brute.

Depuis le  06 avril 2017, le conseil des Ministres au Bénin a annoncé l’instauration d’un prélèvement de 50 FCFA par kilogramme de noix  de cajou brutes exportées, indépendamment de la taxe de 10 FCFA  sur les exportations du même produit. Cette mesure fait suite à une autre fixant le prix  plancher à 500 FCFA le kilogramme au motif de vouloir encourager la transformation locale et l’amélioration du  niveau de vie des producteurs. Certes, l’intention louable, mais est-ce la meilleure solution ?

De toute évidence, décourager l’exportation des noix de cajou, via des taxes, ne peut pas encourager la transformation locale. Au contraire, avec le prix de 500 FCFA /Kg, fixé largement au-dessus des prix fixés par certains pays de la sous-région comme la Côte d’Ivoire (premier producteur mondial), auquel se grefferont les nouvelles taxes, cela ne fera que renchérir la matière première à transformer et est susceptible d’entraîner une faible compétitivité du produit fini, ce qui in fine découragerait la transformation locale.

Par ailleurs, au delà des mesures tarifaires, la transformation locale rencontre de nombreux freins. En effet, malgré les nombreuses potentialités au plan énergétique, le taux d’électrification au Bénin se situerait à 38,40% selon l’indice mondial de la performance de l’architecture énergétique «Global Energy Architecture Performance Index Report 2017». La dépendance énergétique  qui dure en découle et qui dure depuis des années a conduit à l’échec de la création d’une zone Franche Industrielle initiée depuis 1999. Avec la 155èmeplace sur 190 pays, dans le classement Doing Business, l’environnement des affaires reste encore très hostile à l’investissement privé en raison du fardeau fiscal et réglementaire imposé aux entrepreneurs. A titre d’illustration, le régime  fiscal  au Bénin n’encourage pas non plus l’éclosion d’industries de transformation, puisque selon le rapport Doing Business 2017, il existe 57 différents impôts à payer par année contre une moyenne de 39 en Afrique subsaharienne. Pour faire exécuter un contrat il faudrait attendre 750 jours contre 655 jours en Afrique subsaharienne ; et pour transférer une propriété 120 jours sont nécessaires alors qu’en Afrique subsaharienne il suffit de 60 jours.

Quant au prix plancher, censé garantir un revenu aux agriculteurs, c’est une illusion car seul le marché international décide de ce qui revient aux agriculteurs. De ce fait, le prix de 500 FCFA fixé par le gouvernement n’est pas du tout garanti et des exemples dans la sous-région sont édifiants. La filière cacao est actuellement en crise en Côte d’Ivoire car le gouvernement n’était pas en mesure, lors de la dernière campagne, de racheter la production au prix promis de 1100 F cfa le kilogramme. La chute des cours  sur le marché mondial a contraint le gouvernement à ramener le prix à 700 F cfa le kilogramme. Il y a lieu de se rendre à l’évidence qu’un prix plancher, au-dessus de celui du marché, pourrait avoir des effets pervers en incitant les producteurs à une surproduction créant ainsi une baisse du prix et par voie de conséquence un cercle vicieux. Les principales victimes sont les paysans qui verront leur pouvoir d’achat s’éroder en même temps que le prix de leurs produits.

A cette fâcheuse tendance du contrôle des prix, s’ajoute une mauvaise politique de gestion de la filière comparable à celle observée les années antérieures dans la filière coton qui n’a pu survivre que grâce à de fortes subventions des pouvoirs publics. En cas de faillite dans cette filière ce sont les caisses de l’Etat qui vont à nouveau en pâtir via les renflouements. Toutes ces difficultés font que l’essentiel de la production atterrit en Inde, au Vietnam ou au Brésil pour y être transformé. Ainsi, il est clairement préférable que le gouvernement garantisse la liberté de produire et d’échanger aux agriculteurs, tout en se contentant de veiller au respect des règles de la concurrence.

En plus du contrôle des prix, le gouvernement béninois a pris des mesures d’interdiction de l’exportation par voie terrestre ; mais également l’interdiction de la vente entre exportateur et producteur de noix de cajou. De telles mesures restrictives surtout celles qui interdisent l’exportation par voie terrestre, vont contre l’esprit de l’article 4 du traité de l’UEMOA qui stipule en son point c l’un des objectifs de l’union qui est de « créer entre les États membres un marché commun basé sur la libre circulation des personnes, des biens, des services, des capitaux et le droit d’établissement des personnes exerçant une activité indépendante ou salariée, ainsi que sur un tarif extérieur commun et une politique commerciale commune». La décision du gouvernement prive donc les pays de l’hinterland comme le Niger ou le Burkina-Faso qui sont aussi membres, de l’accès au marché des noix de cajou. En outre, la mévente entraînée par les mesures tarifaires et les restrictions pourrait occasionner la naissance d’un marché noir et une filière d’exportation informelle. L’importation au Bénin d’essence de contrebande malgré son interdiction constitue une preuve de la porosité des frontières. Dans la perspective d’un marché noir, le manque à gagner et les pertes fiscales pour l’Etat n’en seraient que plus grands.  C’est également ce qui est arrivé au plus haut de la crise économique au Nigeria quand la dépréciation du Naira a entraîné l’invasion des produits nigérians sur le marché béninois par voie normale dans un premier temps puis par voie de contrebande après leur interdiction malgré toutes les dispositions prises. Par ailleurs, un contrôle des prix comme c’est le cas avec la filière des noix de cajou actuellement, viole le choix d’une économie libérale fait en 1990 par le Bénin et inscrit dans sa constitution.

Le gouvernement béninois ne devrait pas entraver la vie des entreprises. Son rôle est de veiller au bon fonctionnement des échanges. Il est à souhaiter qu’il tire des leçons des erreurs du passé, ainsi que des difficultés connues par d’autres pays comme la Côte d’Ivoire. La subsistance de milliers de personnes en dépend.

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